Rapport du WWF sur la diminution de la population animale : et si on parlait aussi de la lutte contre la pauvreté? (et sur certaines confusions)

Rapport du WWF  : sur quelques confusions, distinction entre disparition d’espèces, populations d’animaux et lutte contre la pauvreté

Distinction espèce/population

Il y a une confusion concernant le traitement médiatique du rapport du WWF sur la perte de biodiversité alarmante constatée à l’échelle de la planète. Confusion entre les termes « espèces » et « populations » d’animaux. On peut observer une chute importante de population -par exemple les mésanges ou même les moineaux en France- sans pour autant qu’on puisse parler de « disparition d’espèce ». Ce phénomène est grave mais moins qu’une disparition pure et simple qui, si elle survient à l’échelle de la planète, est irréversible (on n’en est pas encore aux exploits génétiques du film Jurassik Park ). Donc quand on parle de 60% d’espèces disparues, repris dans beaucoup de médias, c’est faux : il s’agit pour une bonne part de diminutions de populations d’animaux dont la plupart ne sont pas menacés. Et quand on répète qu’il faut 10 millions d’années pour retrouver les populations d’animaux « d’avant » : c’est faux aussi… cette durée désigne le temps pour recréer de nouvelles espèces comparables à celles qui ont disparu (il y a un rythme -très lent à notre échelle- de création/disparition d’espèces par la nature). Concernant les populations, il faudrait parler en terme de décennies tout au plus de centaines d’années (par exemple pour retrouver une population de lions ou d’éléphants importante). Bien sûr il y a des disparitions d’espèces actuellement, à un rythme bien plus important que les dernières extinctions de masse, donc cela reste très grave, mais on est encore loin d’atteindre le chiffre de 60% de perte d’espèces depuis 1970 comme annoncé partout – pour l’instant… oui « pour l’instant » car avec une planète à +3 ou +4 degrés de réchauffement, en ajoutant quelques décennies de pollutions supplémentaires des sols, de l’air et du milieu aquatique, et l’acidification des océans, ce chiffre peut être atteint d’ici la fin de ce siècle selon l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature).

Tout cela pour être un peu plus précis et honnête : pour mobiliser sur ces enjeux, il ne faut pas non plus verser dans du n’importe quoi et dans l’exagération, si on veut être crédible, et si on veut continuer à être entendu  (même si c’est pour une « bonne cause »).

Lutte contre la pauvreté

Mais revenons au problème plus spécifique de la baisse des populations d’animaux. Quand dans un pays d’Afrique ou d’Asie, la population des êtres humains est multipliée par 3 ou 4 depuis 1970, il n est pas étonnant que la nature recule et que les populations d’animaux diminuent. On a connu cela dans l’Europe qui était recouverte à pratiquement 100% de forêt! Et c’est en partie complètement légitime.

Mais si on ajoute à ce phénomène la pauvreté de ces pays avec l’incapacité de construire des infrastructures modernes de dépollution  (épuration de l’eau, logements pour remplacer des bidonvilles, énergie moderne autre que la combustion du bois), c’est un facteur aggravant. D’une manière générale, quand on est dans une situation de survie, ce problème devient vite très secondaire pour les populations.

Qu’il y ait diminution de populations (les loups en France ont disparu des campagnes), cela se comprend dans beaucoup de parties du monde, il faut juste veiller à ce que cela n’aille pas jusqu’à la disparition des espèces en question (création de parcs naturels, dispositifs modernes d’aménagement, mesures de conservation etc).

Mais se contenter de formules générales « l’Homme est le plus grand ennemi de la nature » en mélangeant tout, alors que nous-mêmes, en Europe, n’avons pas hésité pour nos besoins agricoles et pour faire face à la démographie galopante à modifier notre milieu naturel ces derniers siècles (avec forcément des diminutions drastiques de populations animales), c’est une forme de leçon qui s’apparente à du mépris vis à vis des habitants de ces pays en plein développement. Il est normal qu’il y ait moins de girafes ou de lions dans des zones entières en Afrique : qui accepterait en France que des loups rôdent autour des lotissements et des villages? En somme on met dans le même sac la déforestation due à des plantations d’huile de palme ou de soja, ou tout autre projet largement contestable, et la nouvelle donne démographique dans le monde qui fait que mécaniquement il y a moins d’animaux car l’habitat s’étend. Il faut bien faire le distinguo entre les 2, et comprendre aussi que pour limiter ce phénomène, la lutte contre la pauvreté reste incontournable. Ne pas parler de ce sujet, qui met directement en cause le système capitaliste (c’est peut être pour ça qu’on n’en parle pas), c’est défendre l’idée que la préservation de la nature serait plus importante que celle des hommes eux-mêmes et de leurs besoins… surtout quand ils sont en Afrique ou en Asie…

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