Nucléaire civil : démantèlement, déchet, coût de l’ E.P.R. de Flamanville, exploitation minière en Afrique : des questions très sérieuses, mais beaucoup d’idées reçues. Contribution au congrès du PCF ( 3ème partie ).

Dans cette contribution, la troisième d’une série de 4 textes sur les enjeux énergétiques, nous allons préciser les aspects économiques du nucléaire civil, et répondre à beaucoup d’idées reçues qui circulent.

Dans une quatrième contribution, nous aborderons la questions des applications militaires du nucléaire, et nous nous étonnerons de l’absence de préoccupation des dangers de celle-ci pour l’humanité, alors que les applications civils, dans la production électronucléaire par exemple, sont si souvent stigmatisées.

LE NUCLEAIRE, UNE ABERRATION ECONOMIQUE?

De grands pays comme la Chine, l’Inde, plusieurs pays d’Asie du Sud-Est dont le Vietnam, la Thailande, l’Afrique du Sud, une bonne partie de l’Amérique latine, dont la Bolivie d’Evo Morales, entreprennent de grands programmes pour le nucléaire civil. Sont-ils tous devenus fous pour se ruiner ainsi pour des décennies ? Le nucléaire, serait-ce vraiment une gabegie et un gouffre financier vu le nombre de pays qui s’y engagent? Non, tous ces pays ont surtout des besoins concrets auxquels ils doivent faire face pour leurs populations et assurer l’avenir. Tous ces pays n’ont pas le temps de faire de l’affichage et se contenter de discours : ils doivent se coltiner le réel et agir en conséquence. Citons aussi la Finlande qui relance le nucléaire, pays pourtant très connu pour le strict contrôle de ses comptes publics.

Examinons un peu plus précisément de quoi il en retourne sur ce qu’on entend par « coût du nucléaire ».

DEMENTELEMENT ET DECHETS

Le coût du démantèlement des centrales et du stockage des déchets a t il été sous-estimé ? 

Ici nous allons aborder plusieurs idées qui circulent, qui tournent autour du coût prétendument « pharaonique et ruineux » du nucléaire : coût du démantèlement, de la gestion des déchets, de la construction des centrales…

La difficulté dans ce genre de questions c’est qu’il faut démêler le vrai du faux dans tout ce qu’entendent les citoyens dans les médias et parmi les ONG antinucléaires. Ce sont de vraies questions souvent, qui demandent une grande vigilance : par exemple le montant réel provisionné par EDF pour le démantèlement. L’utilisation de ces fonds réservés ainsi que leur contrôle sont de vrais enjeux. Les organisations syndicales ont ainsi de nombreuses fois dénoncé et alerté sur l’utilisation que faisait EDF de ces fonds pour d’autres fins que pour les postes de démantèlement et la gestion des déchets1, rejoignant ainsi les conclusions de la Cour des comptes.

Mais trop souvent ces sujets très sérieux sont instrumentalisés et traités de façon extrême pour faire valoir une thèse contre une autre. Il faut pourtant raison garder et avoir en tête que dans ce cas précis il s’agit de sommes globales, qui impressionnent certes par leur importance mais dont la dépense est répartie sur une longue période, et avec un service rendu pour la société qui n’est pas des moindres : fournir de l’électricité à un pays de 60 millions d’habitants pendant des dizaines d’années. Le simple fait de diviser tous ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils, par la quantité d’électricité qu’a produite et continuera de produire le système montre que cela représente à peine quelques pour-cent du prix du kilowattheure, selon les derniers rapports de la Cour des comptes (2012). Et rappelons qu’ils ont bien été pris en compte dans la facture d’électricité que nous payons tous. Dit autrement : rapporté au kilowattheure, cela fait « pschitt ». Ainsi, même si les prévisions de dépenses sont sous-estimées du double ou du triple, ce sera problématique, mais pas au point d’être rédhibitoire et motif à disqualifier le nucléaire.

Pour faire un parallèle : nous avons le même type de campagne contre le système des retraites par répartition ou la Sécurité sociale, avec régulièrement des annonces fracassantes de montants astronomiques à payer dans le futur, en oubliant le facteur « longue durée », le fait qu’il est question de prestations bénéficiant à des millions de personnes et que ce sont des dépenses légitimes. Ces attaques, qui ne sont pas innocentes, sont très efficaces, car les chiffres donnés sans aucun recul impressionnent et font peur.

Est il vrai qu’on ne sait pas démanteler une centrale ?

Il est faux de prétendre qu’on ne sait pas démanteler et que le coût d’un démantèlement n’est pas maîtrisé.

On cite souvent l’exemple du chantier du démantèlement du réacteur de recherche à Brennelis, en Bretagne, et qui traîne depuis des décennies et avec un coût explose. Mais est il un exemple pertinent ? En effet, le cas du réacteur de Brennilis est assez particulier : s’il n’avance que lentement vers le démantèlement total, c’est parce qu’il n’y a pas que des problèmes techniques dus à la spécificité du réacteur2, il y a aussi une réglementation en la matière – qui a changé plusieurs fois durant les dernières décennies – ainsi qu’une multiplication de recours juridiques par des associations qui ne se cachent pas d’être hostiles au nucléaire. Ces recours en série vont de manière évidente contribuer à faire exploser le budget du démantèlement de la centrale, et il sera facile après d’en tirer des conclusions erronées sur le coût des démantèlements, ce dont les médias ne se privent pas, qui citent souvent cet exemple…

Pourtant, aucun média ne fait mention de l’expérience réussie du chantier de démantèlement à Grenoble de plusieurs réacteurs de recherche3, qui a coûté au total 300 millions d’euros, conformément à ce qui est prévu dans les provisions d’EDF et collecté à travers nos factures pour une opération de ce type. En effet – et nous ne le répéterons jamais assez – le montant du démantèlement est prévu dans nos factures, et il ne représente que quelques pour-cent du prix de l’électricité.

Citons aussi les États-Unis, où des chantiers de démantèlement de réacteurs du même type que ceux qui existent en France (à l’origine, les réacteurs français étaient de conception états-unienne) ont été menés à bien et avec un coût conforme aux estimations françaises4. Ainsi, le démantèlement des réacteurs de Maine Yankee, Connecticut Yankee et Trojan a coûté, pour chaque site, environ 500 millions de dollars, et les opérations ont duré moins de dix ans. Il serait intéressant de tenir compte de ces expériences dans les reportages souvent à charge contre le nucléaire, or on n’en trouve aucune mention dans les médias.

On pourra toujours objecter que 300 millions d’euros pour un seul chantier de démantèlement reste une somme démesurée, mais rappelons qu’un tel montant, rapporté à la quantité d’électricité produite par le réacteur durant toute sa vie, correspond à quelques pour-cent du prix de l’électricité que nous payons. Notons par ailleurs que le niveau élevé de la somme s’explique par la spécificité du chantier, qui impose des exigences très strictes de sécurité et de dépollution. La logique de « remise au vert » du site, avec un très important niveau d’exigence et un coût intégré bien en amont, est rare dans l’industrie. Pour la plupart des biens de consommation que nous achetons, il n’est pas prévu, dans le prix que nous payons (ni dans les profits reversés aux actionnaires…), le coût du démantèlement futur de l’usine qui l’a produit ni la dépollution du site où elle est ou a été installée : le plus souvent, lorsqu’une usine ferme, c’est à la collectivité qu’il revient de dépolluer le site…

COUT DU REACTEUR EPR DE FLAMANVILLE ET LE CAS ANGLAIS

Pourquoi le coût de l’EPR de Flamanville a explosé par rapport à ce qui était prévu?

Rappelons que Fessenheim, premier réacteur à être construit en France, a coûté bien plus cher que les 50 réacteurs qui ont suivi, justement parce que c’était le premier et que, comme pour toute tête de série, il y a l’apprentissage et des surcoûts inévitables. En somme, en 1970, le chantier de Fessenheim était dans la situation de celui de Flamanville aujourd’hui, ce n’est donc pas nouveau. Mais il est vrai aussi que pour Flamanville le surcoût lié à la situation de tête de série n’explique pas tout. Nous payons la perte de savoir-faire dans ce domaine, car le pays n’a plus construit de réacteurs depuis plus de vingt ans et a une génération qui doit tout réapprendre. S’y ajoutent un organigramme peu clair et un montage complexe sur le chantier, faisant intervenir plus d’une centaine d’entreprises avec une pratique de sous-traitance en cascade. Toute cette organisation orientée vers un seul but : la recherche des coûts les plus bas possibles, quitte à mettre en danger les salariés (même problématique que dans le secteur du bâtiment en général), entraînant de coûteux retards liés à des malfaçons. Il y a donc l’effet d’apprentissage, mais aussi l’absence d’entreprise publique digne de ce nom capable de maîtriser toute la chaîne d’un tel chantier.

Le cas de l’EPR anglais, avec un coût de production de l’électricité très cher : reflet d’un capitalisme incapable de penser le long terme, et la question politique du « coût du crédit ».

Ce que recherche le privé, c’est la rentabilité à court terme. Et ne l’oublions pas : les banques n’échappent pas à cette règle et prêtent à des taux très élevés si le projet est long à rentabiliser. Ainsi, le nucléaire et l’hydraulique sont très désavantagés du fait de la cherté du crédit et des taux d’intérêt dissuasifs pour ce type de projets5. C’est la raison pour laquelle l’EPR anglais n’a pu se vendre qu’en garantissant un rachat sur vingt ans avec un tarif de 100 €/MWh. C’est le coût du crédit, qui est un problème général du système allergique à tout investissement sur le long terme. Pensons aux nombreux projets industriels qui ne voient pas le jour pour les mêmes raisons. Songeons qu’un projet comme Airbus n’aurait jamais pu voir le jour avec les règles financières et le climat politique actuels (« libre » concurrence, marché tout-puissant, libéralisation…). Après tout, si on est convaincu que c’est le marché qui doit décider de ce qui est à financer ou pas, alors oui on peut clairement affirmer que le nucléaire et l’hydraulique deviennent chers, et qu’il faut plutôt lui préférer le gaz, beaucoup plus rentable (ce que choisit en général le marché). Mais si on considère que le financement doit obéir à d’autres critères que la rentabilité à court terme, alors ce qui a été dit précédemment reste valable : le nucléaire et l’hydraulique restent les énergies les moins coûteuses pour la collectivité. Il n’est pas étonnant que le parc nucléaire français ait été développé à une époque où la puissance publique était forte et capable d’investir et d’emprunter à bas taux pour de tels projets sur plusieurs dizaines d’années. Aujourd’hui, les règles ont changé. Cela explique aussi pourquoi peu d’entreprises s’aventurent dans la construction d’une centrale en France, mais se bousculent pour profiter de la manne offerte dans le cadre de la loi NOME qui leur livre 25 % de la production électro- nucléaire (à un tarif de 42 €/MWh) ainsi que le renouvellement des concessions des barrages hydrauliques. Ce qui a fait dire à beaucoup qu’il s’agissait d’un véritable vol, d’un détournement de moyens de productions publics pour le privé et dont les investissements ont été depuis longtemps largement amortis par nos factures.

Il faut aussi ajouter que, dans le cas anglais, il y a aussi le morcellement du service public, largement privatisé, qui le rend inefficace et source de gaspillage dans ce pays, car ne mutualisant pas les moyens. C’est aussi cela qui explique le gonflement du coût : il y a beaucoup d’intermédiaires à rémunérer, c’est la fable du secteur privé plus efficace que le service public.

URANIUM : QUESTION SUR L’INDEPENDANCE ENERGETIQUE ET L’IMPERIALISME

Peut on avoir un choc de l’uranium comme il y a des chocs pétroliers,avec toutes ses conséquences économiques?

Le nucléaire participe indéniablement de l’indépendance énergétique. En effet, même si l’uranium est importé, les sources d’approvisionnement sont beaucoup mieux réparties dans le monde que pour les hydrocarbures : Afrique, Canada, Australie, Amérique du Sud. Aucune région ne peut prétendre détenir les clés de l’approvisionnement mondial de ce minerai et déclencher un « choc de l’uranium » comme il y eut un « choc pétrolier ». En outre, du fait de l’extraordinaire concentration d’énergie présente dans l’uranium, le volume de combustible à stocker pour faire des réserves est ridiculement bas en comparaison de son équivalent en hydrocarbure. Ainsi la France peut-elle faire des réserves en uranium pour plusieurs années sur son sol et se tenir à l’abri du « yo-yo » du marché sur ce minerai, ce qu’elle ne peut pas faire pour le gaz ou le pétrole (la France ne dispose de réserves de pétrole stocké que pour couvrir la consommation de quelques mois). Et dernier aspect : l’uranium ne pèse que quelques points pour cent sur le coût de production de l’électricité ; aussi, même en cas de doublement ou de triplement du prix de l’uranium (ce qui s’est déjà produit), l’impact reste minime. Ce n’est pas le cas du gaz, où le combustible entre pour plus de 60 % dans le coût total de production de l’électricité82. Un simple doublement du prix du gaz se fait alors douloureusement sentir…

C’est pour toutes ces raisons qu’on peut dire qu’en France le nucléaire permet de réduire la dépendance énergétique.

L’uranium importé d’Afrique : ses conditions d’extraction et l’impérialisme économique. Payons nous vraiment ce minerai à son juste prix? Prenons nous vraiment en compte les conditions de travail des mineurs sur place?

Si vraiment il y a un une préoccupation sincère pour une juste rémunération de ce minerai pour des pays comme le Niger, alors soyons clair : personne dans le camp des progressistes ne conteste qu’une renégociation revoyant les prix à la hausse serait juste et légitime. Mais il est important de ne pas mélanger les problèmes. La question de l’exploitation des ressources et de leur paiement au juste prix, et en respectant toutes les normes sociales et environnementales, n’est pas à discuter ; c’est un vrai combat à mener au niveau international.

Il faut alors parler de tous les minerais : cuivre, fer, charbon, or, coltan, diamant, nickel, terres rares, pétrole, gaz, charbon… et même élargir la liste aux produits agricoles, car il existe des exploitations où les conditions de travail sont désastreuses, parfois proches de l’esclavage. C’est un problème général, même les tomates et les kiwis importés sont concernés ! Démarche que les opposants au nucléaire – qui ne sont focalisés que sur les mines d’uranium d’Afrique – omettent de faire. Pourtant, concernant les mines d’uranium du Niger, souvent visées, les clauses sociales et de conditions de travail sont parmi les plus élevées d’Afrique, ce n’est donc pas vraiment là qu’il faudrait agir prioritairement, si on suppose bien sûr que la préoccupation première est bien de défendre les intérêts des travailleurs africains. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de luttes à mener : ce que réclament les travailleurs de ces pays, ce n’est pas la fermeture de leur mines mais l’amélioration de leurs conditions de travail et de meilleurs salaires. Sur ce terrain, contrairement aux syndicats comme la CGT, qui fait un vrai travail avec les organisations de travailleurs sur place6, on n’entend pas vraiment de propositions constructives en France. Il y a bien des commissions d’enquête qui sont lancées au Parlement sur les mines d’uranium, par des courants politiques clairement opposés au nucléaire, dénonçant l’impact sur la santé des mineurs et des riverains, souvent à juste titre, mais malheureusement dans le seul but de démontrer qu’il faut arrêter toutes activités liées au nucléaire, loin du sentiment premier mis en avant de solidarité Nord-Sud avec les travailleurs de ces pays. Et pour preuve : qui s’est ému en France des accidents réguliers dans les mines de charbon d’Afrique du Sud (et plus récemment en Turquie), minerais que nous importons par navires entiers pour le brûler dans nos centrales7? Qui s’émeut de la dizaine de milliers de victimes dans les mines de charbon, chaque année, dans le monde ? Qui se préoccupe des conditions de travail dans les mines pour extraire les terres rares si nécessaires aux aimants des éoliennes et autres composants des panneaux photovoltaïques ? Il ne viendrait jamais à l’idée de personne de disqualifier les énergie renouvelables sous prétexte qu’elles exigent l’utilisation de métaux très rares, uniquement présents dans des continents comme l’Afrique ou l’Asie, et extraits dans des conditions bien plus indignes que celles qu’on observe dans les mines d’uranium cités plus haut. Il ne viendrait jamais à l’idée de mélanger les problèmes en associant, par exemple, l’existence des énergies renouvelables avec des régimes autoritaires dans les pays dont sont issu ces matériaux. Et pourtant, impossible de construire des champs d’éoliennes de plusieurs milliers d’unités sans recourir massivement à ces matériaux8. D’autre part, l’éolien étant bien dépendant de ces matériaux stratégiques qui ne se trouvent pas en France, on pourrait aussi affirmer que l’indépendance énergétique est un mirage, y compris pour ces énergies. Nous serions dans une attitude tout aussi absurde.

Coût de l’uranium importé

Le montant des importations d’uranium de la France s’élève environ à 800 millions d’euros par an, soit moins de 1 milliard, ce qui reste « dérisoire » compte tenu du service rendu et comparé aux dizaines de milliards d’importations de gaz et de pétrole9. La raison de ce faible coût tient au fait que l’uranium est un simple minerai ; pour qu’il devienne un combustible, il faut lui appliquer des procédés assez complexes : il doit être enrichi dans des usines situées en France, avant d’être utilisé dans les réacteurs nucléaires. Ce qui participe à cette idée d’indépendance énergétique : l’uranium étant un minerai assez bien réparti à travers le monde et somme toute assez banal, c’est son enrichissement, en France, qui fait toute sa valeur.

PETROLE GAZ ET CHARBON : LES GRANDS ABSENTS DU DEBAT

Ce sont les grands absents des débats ! Pourtant pétrole, gaz et charbon, c’est plus de 55 milliards d’euros d’importations en 2014, et près des 75 % de notre consommation (rappelons que l’électricité ne représente qu’à peine 20 % de notre consommation), soit 3 % du PIB. Pour donner une idée de l’immensité de ce chiffre, sachez que le réacteur de Flamanville, qui fait régulièrement la une des journaux, représente à peine – retards et déboires sur le chantier compris – le montant de six semaines d’importation d’hydrocarbure ! Toutes les six semaines on pourrait financer l’équivalent d’une grosse unité qui produirait en France pendant soixante ans de l’électricité pour 2 millions de personnes, et avec de l’argent dépensé en France (donc des emplois en France). Cela surprend compte tenu de l’hypervirulence des débats sur les coûts qui se focalisent uniquement sur l’électricité alors que les gros navires pétroliers et les méthaniers débarquent tous les jours, silencieusement, des millions de tonnes d’hydrocarbure dans les grands ports de France. Et ne parlons même pas des infrastructures : de grands ports méthaniers sont en construction un peu partout en France, sans que cela provoque des réactions équivalentes à ce que l’on connaît pour le chantier de Flamanville. C’est le même déséquilibre que nous avons avec les questions de santé et d’environnement : tout se focalise sur l’électricité, et particulièrement le nucléaire.

Amar BELLAL, auteur de « Environnement et énergie, comprendre pour débattre et agir », éditions Le temps des Cerises.

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Ce texte vient à la suite de 2 contribution précédente (qu’on peut retrouver sur ce site)

-CONTRE L’IDÉOLOGIE DE LA « DÉCROISSANCE » – POUR UN NOUVEAU MODE DE DÉVELOPPEMENT ET L’ÉMANCIPATION DE TOUTE L’HUMANITÉ – LE CAS CONCRET DE L’ÉNERGIE.

-RÉPONSE AU TEXTE « L’AMBITION COMMUNISTE POUR UN FRONT DE GAUCHE POPULAIRE ET CITOYEN » SUR LE NUCLÉAIRE, ET SES APPROXIMATIONS SUR LES ENJEUX ÉNERGÉTIQUES MONDIAUX, LE CLIMAT ET LA SURETÉ INDUSTRIELLE.

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POUR APPROFONDIR (pour ceux vraiment intéressés par le sujet) :

Ci-dessous les coûts de production de l’électricité établis, respectivement, par la Cour des comptes, le rapport « Énergie 2050 », l’UFE (Union française de l’électricité) et la DGEC (Direction générale de l’énergie et du climat) ; et enfin le tarif d’achat en vigueur, suite à la loi NOME (Nouvelle Organisation du marché de l’électricité ), pour l’électricité nucléaire et le tarif d’obligation d’achat de l’électricité produite à par- tir des énergies renouvelables

n14

Ces derniers tarifs, indiqués en noir sur le graphique, donnent déjà une information fiable, à savoir le coût maximal réel. En effet, si EDF vend dans le cadre de la loi NOME son électricité nucléaire à 42 € le mégawattheure, cela indique que le coût réel, le nucléaire dit « historique », c’est-à-dire provenant du parc de réacteurs largement amorti depuis des années, ne va pas au-delà. Le coût réel, est-il proche de 35 € ? de 40 € ? C’est certainement un des secrets les mieux gardés de France. Idem pour le tarif de rachat du mégawattheure provenant de l’éolien terrestre : 80 €, prix auquel EDF est obligée d’acheter cette électricité sur une période de plusieurs années ; il y a donc forcément une marge de profit laissée aux investisseurs privés, donc on peut raisonnablement penser que c’est également une limite supérieure.

Pourquoi cette prudence dans l’annonce de ces coûts ?

Il se trouve qu’il y a peu de transparence sur ces questions. Si on regarde le rapport de la DGEC de 2008, par exemple, on notera que la comparaison nucléaire, charbon, gaz, se fait en rapport avec une base 100 pour le nucléaire, sans donner son coût réel (qui n’est évidemment pas de 100, c’est une simple base). Et ce fait est clairement assumé par les auteurs en invoquant le secret d’entreprise (même lorsqu’elle reste majoritairement publique !).

1 Voir l’analyse de Sylvestre Huet à ce sujet in « La Cour des comptes et le coût du nucléaire », 2 février 2012 (http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2012/02/la- cour-des-comptes-et-le-coût-du-nucléaire.html).

2 Un réacteur à graphite, plus compliqué à démanteler que les réacteurs à eau pressurisée (ceux qui produisent notre électricité).

3 CEA, « Le démantèlement des installations nucléaires du centre CEA de Grenoble », dossier de presse, 2013 (http://www.sauvonsleclimat.org/images/arti- cles/pdf_files/cr_cli/CENG-Denuclearisation-27022013.pdf).

 

4 « Audit sur les modalités d’évaluation des charges brutes permettant le calcul des provisions de déconstruction des réacteurs d’EDF en cours d’exploitation », 4 août 2015 (http://www.developpementdurable.gouv.fr/IMG/pdf/061015_Resume_ non_technique_diffusable_Version_a_publier.pdf).

5 Amar Bellal, « Nucléaire : quelques éléments et propositions pour le débat », in Économie et Politique, juillet-août 2011, p. 684-685.

  1. 6 Par exemple avec l’Union des syndicats des travailleurs du Niger (USTN).

7 Environ 3 millions de tonnes de charbon sont importés depuis l’Afrique du Sud

chaque année.

8 Voir à ce sujet Bruno Chaudet, « Métaux et terres rares : l’autre problème de la transition énergétique » in Progressistes n°2, octobre-novembre-décembre 2013 (revue-progressistes.org), p. 32-33.

9 55 milliards d’euros en 2014.

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