Licenciements à Areva et Air France : pourquoi une telle différence de traitement à gauche?

Désormais il faudra parler de « bons » et de « mauvais » plans de licenciements : ceux pour lesquels on se mobilise et ceux pour lesquels on ne se mobilise pas. En effet on peut rester assez perplexe par le peu de réactions après l’annonce de près de 4 000 emplois supprimés à Areva en avril dernier, une catastrophe sociale comparable à celle d ‘Air France. Au fond, pour le cas d’Air France, si il n y avait pas eu l’épisode des chemises déchirées, et la médiatisation qui s’en est suivit, se serait-on précipité dans les médias pour défendre les salariés et l’avenir de cette entreprise avec autant de zèle à gauche ? Rien n’est moins sûr, on aurait certainement assisté à un silence comparable à celui du plan d’ Areva. La raison est profonde et d’ordre idéologique : en effet une partie de la gauche défend les salariés d’Air France mais avec cette nuance que de toute façon, le transport aérien, c’ est polluant, et que ce n’est pas vraiment le genre de combat qu on mène d’habitude, que c’est une activité en contradiction avec le programme de la transition écologique, programme qui vise à créer des emplois ailleurs, en fermant des usines et en reconvertissant le personnel pour d’autre métiers. C’est ce qui transparait dans plusieurs interventions sur le sujet dans les médias. L’idée qu’au fond, il y aurait des plans de licenciements acceptables, car cela va dans le sens d’une certaine conception de l’écologie. C’est une vision étroite qu’une bonne partie de la gauche partage malheureusement aujourd’hui, ignorant complètement la situation d’urgence et le risque très concret et à très court terme d’une désindustrialisation complète du pays.

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On a eu le même problème avec l’usine de PSA d’ Aulnay il y a 4 ans, où des militants du PCF se son retrouvés enlisés, malgré eux, dans des discussions dans le front de gauche, non pas pour réfléchir à comment empêcher la fermeture de l’usine, mais si il fallait continuer ou non à fabriquer des bagnoles en France. Des discussions aussi sur une possible réorientation de la production sur le site, une production plus écologique et responsable, et même la possibilité de discuter avec les salariés de ces perspectives, en complet décalage avec la situation d’urgence du moment. 3 mois plus tard, l’usine fermait, 3000 familles dans le désespoir, mais le problème écologique du coup était réglé : plus de production de bagnoles. Après tout, c’est peut être cela le programme de la décroissance non ?

Le cas d’Air France aurait pu passer à la trappe et susciter peu de zèle au Front de gauche, mais contrairement au cas d’ Areva, il y avait les micros et les plateaux télé à disposition, et dans ce cas là, difficile de résister, on ne fait pas de manière (l’ effet « chemise » ), on défend les salariés la main sur le cœur en invoquant le peuple de gauche et le réveil des consciences. Mais où était donc passé tout ce beau monde lorsque 3 000 salariés d’Areva manifestaient à la Défense le 15 septembre dernier pour sauver leur peau (*) ? Une manifestation géante, inédite dans cette boîte. Certains brillaient superbement par leur absence, alors qu’ils n’hésitent pas à se précipiter en d’autres occasions à des rassemblements de quelques dizaines de personnes. Ils ne pouvaient pas ne pas savoir, c’était annoncé partout.

Ces salariés là ne valent ils pas ceux d ‘Air France? Y a t il des bons et des mauvais plan sociaux ? Ceux pour lesquels on se mobilise et d’autres non, et ce, en fonction de la place que cela prend dans les médias? Et en fonction aussi de l’ appréciation « écologique » que l’on se permet de donner aux activités de la boîte, sur le dos de ses salariés?

AB

(*) à l’exception notable du PCF avec la présence de son secrétaire national, Pierre Laurent, venu apporter son soutien aux salariés lors de la manifestation.

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Une réflexion sur “Licenciements à Areva et Air France : pourquoi une telle différence de traitement à gauche?

  1. pas totalement faux, il est vrai que le nucléaire n’est pas défendu « à gauche » sauf exception locale. mais s’agissant d’Areva on n’est pas dans des suppressions de postes visant à la compétitivité vis-à-vis des concurrents. on n’est même pas sûr à ce stade que les suppressions de postes seront effectives : d’ici fin 2017, on n’aura que des départs volontaires.

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