Après l’accident de Tianjin : faut-il « sortir de la chimie » ?

Etrange dissymétrie dans les réactions concernant les accidents industriels. Ainsi pour le terrible accident chimique de Tianjin en Chine survenu le 12 août dernier, on parle d’un bilan de plus de cent morts, près de mille blessés et une centaine de tonnes de cyanure et autres polluants déversés : poisons violents qui persisteront pour des centaines d’années dans les terres et cours d’eau de la région à des doses dangereuses pour la santé. Ils provoqueront sans nul doute une sur-mortalité par cancers et maladies neuro-cérébrales pour des générations et le bilan est peut être même plus lourd que l’accident de Fukushima de 2011 qui constitue pourtant une référence dans l’échelle des catastrophes du 21eme siècle. Dans le cas de Tianjin, si on s’en tient à la durée de vie des éléments chimiques, les métaux lourds inaltérables par exemple, ce sont alors des polluants avec des millions d’années de persistance qui ont été rejetés dans la biosphère. Quant au traumatisme que constitue l’ évacuation de milliers de personnes, il est tout aussi réel.

Cela met à mal une idée fortement ancrée qu’il n y aurait que dans le cas des accidents nucléaires où l’impact de la pollution, dans la durée et dans l’ espace, dépasserait l’échelle humaine. Idée souvent utilisée comme ultime argument pour bannir ce secteur des activités humaines, le considérer comme un « mal absolu » et ainsi tuer tout débat constructif concernant les nécessaires mesures de sureté. C’est une erreur : les accidents industriels chimiques sont tout aussi graves, mais n’ont pas du tout le même impact médiatique et psychologique, c’est moins « sensationnel » et « vendeur » que la pollution radioactive. Il y a ici une dimension psychologique évidente qui nous fait réagir à certaines catastrophes plus qu’à d’autres, même si l’impact écologique est comparable (voire plus grave), ce qui conduit à des conclusions et des attitudes politiques absurdes. Ainsi, personne ne remet en cause l’existence du secteur de l’industrie chimique, industrie, il faut le dire, essentielle et incontournable pour de multiples aspects de nos vies. Pour  ce secteur de la chimie, on pose le problème en d’autres termes, de façon plus rationnels et constructifs, et en ne jetant pas aux orties les retours d’expériences que peuvent nous apporter les accidents passés.

Revenons à l’exemple de l’accident de Tianjin dont le bilan est encore provisoire.

2 semaines après la catastrophe :

Pas l’ombre d’un rassemblement avec des pancartes réclamant la « sortie de la chimie » ou avec des autocollants « Chimie ? Non merci ! », comme au 2eme jour du Tsunami en 2011, place du trocadéro à Paris, lorsque le monde entier apprenait qu’une catastrophe nucléaire était en cours à Fukushima. Notons d’ailleurs que ce soir là, une ambiance indécente de « fête » régnait au rassemblement, alors que 2 jours avant, la vague du Tsunami avait tué plus 10 000 personnes en une seule fois, balayé des dizaines d’usines contenant des produits toxiques et déversés dans l’océan, sans que personne ne descende dans la rue.

Pas de grandes déclarations ici jouant sur le catastrophisme pointant les centaines de sites classés Sevéso qui existent bel et bien en France, avec le même type de risques.

Point de lancement d’un improbable réseau « Sortir de la Chimie ».

Point de grand débats télévisés sur le thème « a t on trop de chimie en France ? ».

De même avec l’accident dans une mine de charbon il y a 2 ans en Turquie, 300 morts : pas le début d’un slogan réclamant la « sortie du charbon ». On imagine aisément qu’ il en aurait été tout autrement si un tel accident avait eu lieu dans une mine d ‘uranium.

Non, dans le cas de Tianjin, comme pour le terrible accident de Bhopal (1984, plus de 10 000 morts et des générations condamnées), on pose le problème autrement, on cherche plutôt à comprendre, à chercher les causes : contrôles non effectuées ou inexistants sur les sites, corruption, mauvaise organisation du travail, « laissez-faire » et désinvolture face aux intérêts économiques etc… On a une attitude plus rationnelle en tout cas qu’un slogan facile du type « il faut sortir de la chimie » (slogan qu on ne voit nulle part, et pour cause, ce serait absurde).

A quand une attitude équivalente face au secteur nucléaire pour enfin avancer ensemble? Construire ensemble les rapports de forces nécessaires partout dans le monde afin d’imposer des conditions de sureté, comme dans le secteur de la chimie, des barrages hydrauliques et bien d ‘autres domaines encore ? Et dénoncer ensemble les logiques de fric plutôt qu’une technologie en soit, technologie, le nucléaire civil, qui peut jouer un rôle majeur quant à la baisse de nos émissions de gaz à effet de serre et ainsi sauver le climat et l’ humanité ?. (le GIEC lui même le reconnaît, et on peut difficilement l’accuser de faire partie du « lobby du nucléaire »)

AB

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s